21 avril 2008
Normandie mon amie
La Normandie et moi, c'est une histoire qui fut initiée par l'Education nationale. Lorsque jeune professeur, je dus faire des voeux d'affectation pour mon premier poste, trois solutions s'offraient à moi : Paris (ou plus exactement la banlieue parisienne), Lille ou Rouen. En effet, lorsque vous êtes professeur débutant, célibataire et sans enfants, vous remplissiez toutes les conditions en 1993 pour ces trois académies.
Paris ne m'a jamais fait rêvé, sinon le temps d'un week end ; à cette époque, les ch'tis n'avaient pas encore conquis leur public et Lille-Roubaix-Tourcoing ne me disaient rien, c'est donc l'académie de Rouen que j'ai choisie. Et c'est ainsi que fin août 1993 (parce qu'évidemment, l'affectation, on ne l'apprenait que dix jours avant la rentrée, c'était plus commode pour se loger...), j'ai débarqué à Saint Valéry-en-Caux.
J'avais été nommée dans un petit collège, au coeur du pays de Caux, une région que je ne connaissais qu'à travers la littérature, MAUPASSANT mais surtout Maurice LEBLANC. Sans doute quelque lointain sixième sens me disait, à l'époque où je dévorais les aventures d'Arsène Lupin, qu'un jour j'irai sur ses terres. Mais ce sixième sens était loin de me prédire que ce serait un coup de foudre absolu.
Installée à Veulettes-sur-mer,
que le guide vert annonçait comme possédant 199 habitants (et que les autochtones m'ont garanti être le chiffre en haute saison...), j'ai passé une année à photographier la mer de mon balcon du salon. J'ai bien dû en faire plusieurs centaines, tant j'étais fascinée du spectacle de cette mer qui ne ressemble à nulle autre, qui peut dans la seconde passer du gris ardoise
à l'opale la plus pure,
devenir presque blanche,
avant de reprendre ses esprits
J'ai passé une année de bonheur, à déambuler à travers cette Normandie qui s'inscrivait chaque jour un peu plus dans mon coeur. J'allais lire à Étretat
pour le plaisir de contempler l'aiguille à mes pieds, fichée entre la Manneporte et la porte d'Aval.
Nous étions, ma meilleure amie et moi, tous les samedis à Rouen,
histoire de refaire notre stock de livres et Cds, car je vous parle d'un temps où Internet n'existait pas et où il fallait se déplacer pour obtenir ce qu'on voulait...
Ce qui avait du bon, puisque cela nous permit de découvrir un endroit magique, dans le vieux Rouen, l'aître Saint Macloud,
un ancien cimetière de pestiférés absolument magnifique, havre de paix et de sérénité...
Bien sûr, on allait aussi à Dieppe,
ou encore à Honfleur, que tous ceux que j'ai emmenés là-bas n'ont pu qu'aimer...
Mais je garde une place dans mon coeur pour Varengeville et son cimetière marin, d'où la vue est la plus somptueuse qui soit
... et où l'on songe que George BRAQUE a bien de la chance de reposer avec cette vue-là...
J'ai eu la chance de voyager de par le monde et de connaître d'autres mers, d'autres océans. Je me suis baignée dans le lagon calédonien et dans les eaux des Cyclades, mais ma mer de rêve, mon océan de bonheur, c'est ce petit triangle, comme dit Maurice LEBLANC, situé entre Rouen, Dieppe et Fécamp, plus exactement sur la côte, non loin de Saint Valery, là où la mer ne ressemble à nulle autre et qu'il faut l'avoir vue pour le croire, là où les falaises de craie viennent embrasser l'horizon et où le ciel ne reste jamais en place :
Et pour les oeuvres de Maurice LEBLANC :
12 avril 2008
Le mal du pays... (M. LEBLANC)
- [...]Oui, quelque chose me manquait soudain, auprès de quoi rien ne comptait plus de ce que j'aimais et de ce que je désirais...
- Le mal du pays...
- Le mal du pays de Caux. Il n'est pas besoin d'en être pour l'éprouver. Quand la magie de ce plateau et de ces valleuses vous est entrée dans l'âme, c'est fini.
Maurice LEBLANC, "Le Mal du pays de Caux", 1931.
J'y retourne donc...
25 mars 2008
Voyage, voyage...
Eh oui, je pars encore, pour quelques jours. Cett fois, ce sera...
Si je vous dis Freddy Mercury et Cédric Klapisch...
06 mars 2008
Carnets de voyage au Mali : la cuisine de Julienne
Voyager, c'est découvrir de nouvelles saveurs, de nouvelles odeurs. En cela, c'est un plaisir de se promener dans Bamako quand midi approche. Les effluves nous environnent de toutes parts. Accroupies sur le sol, les femmes s'affairent autour de leur poêle ronde où frémit l'huile et où rôtit le poulet. Se promener à Bamako vers midi, c'est une torture !
Les amis qui nous accueillaient nous ont permis de découvrir un peu de la cuisine malienne. Au premier apéritif - à ce moment-là, nous étions encore sous le coup du décalage climatique - ce fut le jus de bissap, écarlate, à la fois acidulé et sucré, issu de la fleur d'hibiscus. Puis le soir, nous découvrîmes un maquis, c'est-à-dire un restaurant local, qui nous servit des poulets-bicyclette (c'est
ainsi que l'on nomme ces petits poulets) avec de l'atiéké, autrement dit de la semoule de maïs. Le tout accompagné de légumes de saison, oignons, poivrons, concombres, tomates... Le repas se prend autour du grand plat, on mange avec la main droite et, à la fin, on vous amène une cuvette et un broc d'eau pour se laver les mains. Castel de rigueur pour accompagner le repas...
Mais à la maison, c'est Julienne qui officiait derrière les fourneaux, et elle nous a régalé de spécialités locales. Le premier jour, ce furent des brochettes de boeuf délicieusement fondantes, au parfum citronné incomparable.
Puis nous découvrîmes le yassa, cuisiné avec du citron, de l'oignon et multitudes d'épices écrasées au pilon. C'était d'ailleurs le signal que nous allions nous régaler, lorsque nous entendions le pilon résonner dans la cuisine. Cédric a testé le maniement du pilon et en a été convaincu... La viande, encore une fois marinée, puis mijotée, et servie avec cette sauce aux oignons, à la fois doux et croquants, était un pur bonheur !
Et puis encore un monstrueux plat de poulet à la braise, servi avec l'atiéké...
Chaque plat était toujours accompagné d'une salade de crudités (tomates, concombre, oignons, poivrons) et bien sûr, la saison des fruits battant son plein, nous nous sommes régalés de mangues, d'ananas ou encore de papaye arrosée de citron vert - et n'oublions pas les petites bananes plantain... C'était régime fruits dès le petit-déjeuner !
Je concluerai ce chapitre "gastronomique" en évoquant les jus de fruits inédits que nous avons pu goûter : le jus de baobab - ou pain de singe - ou encore celui de tamarin ou de gingembre. Et puis les fabuleux beignets achetés dans la rue, croustillants, à peine relevés, à la viande et à l'oeuf.
La cuisine malienne emprunte beaucoup aux cuisines du Sénégal ou de la Côte-d'Ivoire, d'après ce que j'ai cru comprendre. La chose qui m'a le plus étonnée, c'est qu'elle est épicée mais pas relevée. Le piment est présent, mais pas envahissant, même si on peut toujours en rajouter. Ses sauces sont souvent douces, sans être sucrées, et accompagnent parfaitement la semoule ou le riz traditionnellement servis. Nous ne remercierons jamais assez Julienne de nous avoir permis de goûter tout ça...
Autres cartes postales : Bamako - Siby - lever de soleil à Segou - Journée à Ségou
04 mars 2008
Carnets de voyage au Mali : Segou (2)
Le lundi à Ségou, c'est jour de marché. Du surcroît, c'est aussi celui des potiers, dont le village se trouve de l'autre côté du Niger. Dès le lever du soleil, on voit les gens affluer vers les berges du fleuve, où se tient ce marché :
Les étals se montent...
Les pirogues déchargent leurs marchandises...
Les femmes commencent à regarder...
Les pêcheurs lancent leurs filets...
Nous avons choisi de faire une balade en pirogue en fin de matinée...
... qui nous a mené dans un village de pêcheurs...
... avant de nous ramener au marché des potiers.
Puis ce fut le retour sur Bamako, avec une halte à la coopérative des femmes de Ségou, qui réalisent des bogolans, ces tissus traditionnels d'Afrique de l'Ouest dont les motifs sont créés à base d'argile et de teintures naturelles.
J'ai pris le grand avion blanc du lundi
Qu'on regardait se perdre à l'infini
J'suis arrivé dans le froid des villes
Chez les touristes et les automobiles
Loin de mon ancienne vie
[...] Moi je courais sur ma plage abritée des alizés
Une course avec les vagues, juste un vieux compte à régler
Puis le hasard a croisé ma vie
J'suis étranger partout aujourd'hui,
Est-ce un mal, un bien ?
C'est ainsi
Jean-Jacques GOLDMAN, "Le Coureur", En passant, 1997.
Autres cartes postales : Bamako -Siby - Lever de soleil à Segou - La cuisine de Julienne
03 mars 2008
Une rose pour que les petites filles puissent aller à l'école
Elle s'appelle Sarin Danin, elle a dix ans, presque l'âge de ma fille. Sur la photo, elle a l'air sage et attentif des petites filles avides d'apprendre. Son père est cultivateur, sa mère ménagère et leur revenu est de 40 dollars par mois. Depuis le 8 Octobre 2007, elle est scolarisée en deuxième année à Happy Chandara et c'est notre filleule.
C'est en écoutant Tina KIEFFER lors d'une émission de radio que j'ai appris l'existence de son association Toutes à l'école et ses engagements : créer des écoles et des programmes pédagogiques pour permettre à toutes les petites filles des pays en voie de développement de pouvoir aller à l'école. Comme l'explique le site : "La création de « Toutes à l’école », en décembre 2005, est partie d’un constat : selon le rapport de l'ONG internationale Save the Children, dans 70 pays de notre planète, les filles sont mises sur le marché du travail dès l'enfance.
Constat d'autant plus révoltant que toutes les études s'accordent à dire que, lorsque l'on éduque les femmes, le pays tout entier se porte mieux. Baisse de la malnutrition, de la mortalité infantile, de la propagation du sida, et meilleure situation économique. En revanche, une petite fille qui n'a pas reçu d'éducation a 80% de risques supplémentaires de devenir une femme pauvre, de subir un mariage forcé, d'être violée ou maltraitée, ou d'élever des enfants sous-alimentés, souffrant de maladies chroniques, et analphabètes."
C'est ainsi qu'Happy Chandara est née et que l'école accueille aujourd'hui deux cents fillettes de six à dix ans. Sur le site de l'association, on peut y lire le détail de leurs journées et sur le blog y découvrir des nouvelles de l'école.
Pour la troisième année consécutive se déroule l'opération "La rose Marie-Claire", du nom du magazine dont Tina KIEFFER est la rédactrice en chef. Vendue trois euros, chaque rose permettra de soutenir et financer la scolarité d'une petite fille : au Cambodge avec Toutes à l'école, au Bénin avec Care ou encore en France avec le Rotary. Pour chaque fleur vendue trois euros (où trouver la rose ?), un euro cinquante sera reversé à l'une des associations. C'est le moment de joindre l'utile à l'agréable, et puis d'aller jeter un coup d'oeil du côté des ces sites...
02 mars 2008
Effrayant...
Ah, l'Afrique et ses fétiches... terrifiants.
01 mars 2008
Carnets de voyage au Mali : Segou (1)
Nous nous levons à sept heures du matin pour prendre le vol d'Air Afrique. A Bamako, je salue en bambara et nous passons la douane en cinq minutes. Je négocie un taxi jusqu'à Segou et à deux heures et demie nous sommes déjà en route. Surpris par mon efficacité, je fais des plans pour la nuit... A 80 kilomètres de Bamako, la voiture s'arrête. Après des heures de galère, nous prenons un taxi-brousse jusqu'à Fana, et à Fana un autre avec dix-sept personnes derrière et cinq devant jusqu'à Segou. Nous arrivons à dix heures du soir."
Miquel BARCELO, Carnets d'Afrique, 2003.
On nous l'a dit : "Jamais personne n'arrive à Ségou du premier coup." Nous n'avons pas failli à la règle...
Sitôt dépassé Fana, notre voiture se mit à fumer noir, résultat : un joint de culasse et une auto immobilisée. Nous ne dûmes notre salut qu'au bus qui passait et partait vers Ségou : certains montèrent, d'autres se répartirent dans la voiture restante, et c'était parti.
Nous sommes arrivés à Ségou pour le coucher du soleil.
Première impression : le Niger, immense, démesuré, s'étendant à perte de vue...
La beauté, la majesté du paysage, sa sérénité aussi nous donnèrent envie de le découvrir à l'aube et c'est ainsi que le lendemain matin, nous étions sur ses rives.
Moment magique que celui où tout s'éveille. Dans la pénombre, on distinguait les gens rassemblés autour de leur brasero. Puis les silhouettes qui commençaient à aller et venir vers le fleuve qui pour se laver qui pour rincer la vaisselle...
Les pirogues recommencèrent à circuler...
Et le soleil pointa son nez :
Enfin le fleuve dit noir devint bleu sous la lumière du levant :
Aube
J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
[...]
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. À la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
[...]
Au réveil il était midi.
Arthur RIMBAUD, Illuminations, 1873-1875.
Autres cartes postales : Bamako -Siby - Journée à Ségou
29 février 2008
Carnets de voyage au Mali : Siby
Quitter Bamako pour aller à Siby, c'est découvrir l'Afrique telle qu'on se l'imagine.
C'est d'abord sortir de la ville :
Et puis découvrir, après la route goudronnée, la piste et ses villages :
C'est enfin l'arrivée à Siby, au pied des monts mandingues, où l'on profite du marché du samedi pour compléter le pique-nique...
...avant de reprendre la route vers l'arche de Kamadjan, traversant toujours quelques villages :
Où l'on peut jouer au baby foot...
... et où le bétail sait trouver l'ombre...
Et puis c'est l'approche de l'arche...
... avec une vue à couper le souffle :
Le pique-nique se fera à l'ombre des rochers, les yeux empli du panorama somptueux.
Kamadjan fut un guerrier de Sounjata Keita, le premier empereur du Mali. La légende veut qu'il ait percé d'un coup de poing la montagne pour prouver sa force et son courage.
La nuit, on dit que les esprits des ancêtres de Siby se transforment en lions et viennent roder autour de l'arche...
Du coup, on remballe ses affaires et on retourne en bas, à Siby où le marché est toujours aussi coloré...
... et pittoresque :
Autres cartes postales : Bamako - Lever de soleil à Segou - Journée à Ségou - La cuisine de Julienne
28 février 2008
Carnets de voyage au Mali : Bamako
"Première fois en Afrique ?"
Cette phrase, nous allons beaucoup l'entendre lors de notre séjour au Mali. Comme si elle pouvait justifier de nos yeux perpétuellement écarquillés, ne pouvant croire ce qu'ils voient. Arriver à Bamako-Sénou, l'aéroport, c'est d'abord pour les Toubabs qui viennent de quitter Roissy sept heures plus tôt une amplitude thermique de 35 degrés : moins 5° à Paris, plus 35° à Bamako !
Ensuite, c'est la découverte d'une capitale africaine. Passé le pont du roi Fahd, arrivant de l'aéroport, on découvre une ville de plus d'un million d'habitants où les rues ressemblent à ça :
Quelques voies goudronnées et de la latérite écarlate partout ailleurs...
Où les cabines téléphoniques s'appellent "espoir" :
Et les quincailleries aussi d'ailleurs...
Où les automobiles côtoient les charrettes tirées par des ânes, où le bétail se tient près des étals... Où Jumbo et Maggi sont les incontournables de la cuisine...
Où les femmes ont un port de reine...
Où les marchés sont foisonnants, que ce soit celui de Médine, tout empli d'odeurs et curieusement frais sous ses tôles :
Ou la Maison des Artisans :
Et ses murs de masques :
Chaque jour, vous m'entendez, chaque jour nous passions au moins une heure au marché [...], l'un des spectacles multicolores dont l'Afrique a le secret.
[...], main dans la main nous plongions. Le désordre géant était soigneusement protégé du soleil par des auvents de bambous ou de tôles. Nos yeux prenaient du temps pour s'habituer à la pénombre. L'accoutumance faite, ils s'émerveillaient.
Tout.
Tout ce que les habitants de la Terre s'acharnent à produire, pécher ou récolter, l'utile et l'inutile. Tout, arrivé là on ne sait comment, dans la grande ville la plus pauvre du pays le plus pauvre du continent le plus pauvre.
Tout ou presque.
Dix-sept espèces de poissons séchés et de l'eau thermale Avène pour les peaux à tendance kératosique, des verres de vision en vrac et des hachoirs à viande allemand, des activateurs biovégétaux du blanchiment de peau (sans hydroquinone), des bicyclettes de Corée et des bassines pleines de globes oculaires sanguinolents, savourés par les mouches en attendant le client, des plaquettes de comprimés sécables Tegretol 400 mg à peine périmés, et des soutiens-gorge démesurés, des pintades égorgées de frais pendues à des roues de mobylette, des tomes III de l'Encyclopaedia Universalis (de "Barrage" à "Causalité") et des foetus de chauve-souris, des peignes de toute taille (rabais pour les dents cassées) et des commodes roses à miroirs incrustés et tiroirs qui ferment... Etc..., etc...
Et l'ensemble à profusion.[...]
- Tu vois, Michel, je vais t'apprendre une chose curieuse : plus les pays sont pauvres, plus les marchés sont riches.
Il réfléchissait, fronçait son petit front.
- En effet, Maama, ça, c'est curieux !
Cette surabondance l'enchantait, je le jure, mais lui donnait aussi le vertige. Je le sentais tanguer. Nous nous appuyions tant bien que mal contre une montagne instable de calebasses.
Éric ORSENNA, Madame Bâ, 2003, éditions Fayard-Stock
Autres cartes postales : Siby - lever de soleil à Segou - Journée à Ségou - La cuisine de Julienne



































































