Ma Cuisine rouge

Ma cuisine : des recettes simples et rapides, parfois plus élaborées, de la cuisine "traditionnelle", mes petits trucs, ceux des autres, mes lectures culinaires...

07 mai 2008

Lettres de Lo (C. POUZOL)

C'est sur le blog de Cuné que mon attention a été attirée, que dis-je, titillée par ce drôle de petit livre estampillé "lectures pour ados (lescentes)".

Lettres_de_Lo

Une couverture acidulée, et une plume qui ne l'était pas moins.

"Lo écrit. Quoi ? Des lettres. A qui ? A Marika, Olivier, Maman, à un mystérieux " cher quelqu'un ", et même au président des États-Unis. Quand ? Tous les jours ou presque, entre quatorze et seize ans . Pour parler de quoi ? De son premier amour, des premières règles, de sa meilleure amie, de la naissance de sa petite sœur. Lo aime vivre, même vivre, même les jours où ça fait mal, et surtout les jours où tout va bien ! "

J'avoue que l'extrait lu chez Cuné m'avait bien fait sourire : l'évocation du "petit gnome à cheveux carotte" m'avait plus que réjoui. Comme sa consoeur de ELLE, Alix GIROD DE L'AIN, Camille POUZOL a le sens de la formule et de l'énergie à revendre. Elle s'est glissée avec délectation dans ce costume d'ado, que l'on découvre à son entrée en Seconde et que l'on quitte en Terminale. Entre temps... eh bien, c'est la vie qui a passé et que Lo, l'héroïne, nous a raconté au jour le jour.

Certes ce court roman (159 pages écrit gros, comme je dirai à mes élèves qui couinent "Mais y fait combien de pages ?) ne révolutionnera pas la littérature, mais il permet de passer un bon moment. J'y ai relevé une petite incohérence qui laisse à penser qu'il a été écrit peut-être un peu rapidement néanmoins, le ton alerte et corrosif des toutes ces lettres est tout à fait rafraîchissant. Ainsi celle-ci, écrite depuis la Corse où elle passe quelques vacances en famille...

Au début, c'est bien simple, j'ai pensé simuler une dépression nerveuse pour me faire rapatrier ! Imagine : la Corse, une maison perdue dans la montagne, mes parents qui considèrent qu'une bonne sieste commence vers 15 heures pour se terminer vers 18 heures, Lorraine qui passe ses journées à geindre avec son abruti de "Julien le sourire 49 dents", et Louis, qui a trouvé un vieux pistolet à eau dans le garage. Sans parler du fait qu'il n'y a pas de matelas sur la plage... Et puis, de toute façon, il fait tellement froid que même les autochtones se baignent pas. Bref, un cauchemar. Mais attends ! Pile quand je croyais que cela ne pouvait pas être pire, ma mère décide de tous nous traîner au bal du dimanche du village voisin ! Moyenne d'âge : 123 ans. J'ai mis un jean et un tee shirt blanc, cheveux en queue de cheval, pas même de gloss, genre "je refuse de vivre". [...] Je te jure que j'ai failli en vomir dans les virages du Cap Corse (le petit truc en pointe en haut de l'île où y a RIEN). Bref. Écoute le truc dingue : au bal, y avait un orchestre, et dans l'orchestre, y avait une batterie, et à la batterie, y avait un garçon. Un mélange entre Leonardo Di Caprio et un cheval au galop. Je te jure. J'aurais dansé sur la chenille qui redémarre. J'ai lâché mes cheveux. Et alors, pile quand je croyais que cela ne pouvait pas être mieux : des slows. Le seul endroit au monde où il existe encore des slows. Et là, il se lève, pose ses baguettes, va droit sur moi et m'invite !!! Non, non, non. Mieux, il demande à mon père s'il peut m'inviter à danser ! Trop d'Artagnan, non ? Il s'appelle Fabrizio, blond, yeux verts, bronzé, il a 17 ans, sa soeur Héléna a pile notre âge. Ils habitent le village, je sais c'est dingue, mais des jeunes vivent là toute l'année, c'est possible. Ils vont au collège à Bastia. Il a un scooter, un âne apprivoisé et il est en terminale. Depuis ce bal, c'est l'extase ! Je pense me faire naturaliser corse. On s'est embrassé le lendemain dans un champ... Il vient me chercher tous les matins, on rejoint sa soeur et toute une bande sur notre crique (celle où il y a une vache). Il me tient toujours la main, il m'adore en jean et plaît vachement à mes parents : tu penses, il déteste les boîtes de nuit (peut-être parce qu'il n'y en a pas à moins de 124 kilomètres), alors le soir, il écoute I Muvrini avec papa, sur la terrasse. Il veut devenir agrophysicien ou berger, il déteste Beyoncé (il dit "trop vulgaire", c'est pas le rêve ?), et demain, on va faire une marche dans la montagne jusqu'à une cascade. Je passe les meilleures vacances de ma vie, j'en oublié même de bronzer.

Camille POUZOL, Lettres de Lo, 2005.

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06 mai 2008

Les darioles au chocolat coulant

Attention, cette recette est à réserver à ceux qui aiment le chocolat, le vrai, le noir, le corsé ! Et qui ne craignent pas de se salir le menton en dégustant leur gâteau, ou de slurper leur cuillère... Pas de baratin, je vous livre la recette, brut de brut ! Voici donc les :

DARIOLES AU CHOCOLAT COULANT

Pour 6, il faut :

  • 100 g de chocolat noir
  • 100 g de beurre
  • 4 oeufs
  • 100 g de sucre
  • 50 g de farine

Faire fondre le chocolat et y incorporer le beurre coupé en petits morceaux. Laisser refroidir.

Casser les oeufs et les battre avec le sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse - ou s'unifie si, comme moi, vous avez utilisé du sucre roux non raffiné... - puis incorporer progressivement la farine.

Ajouter le chocolat fondu et verser dans de petits moules beurrés. Réserver au réfrigérateur.

Préchauffer le four à 200° et faire cuire les darioles entre dix minutes, selon que vous préférez le chocolat coulant ou mollet.

dariole

Remarques :

  • Attention au démoulage, les parois du gâteau peuvent être très fines...
  • Vous pouvez "customiser" la recette : ajouter de la vanille ou de l'extrait de café, varier les sucre, ou encore remplacer une partie du beurre par de la purée d'amande...

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30 avril 2008

Marilyn dernières séances (M. SCHNEIDER)

Que voilà un livre un livre j'avais envie de lire ! Et comme j'ai été impatiente qu'il sorte en poche ! Ce qui fut fait ces dernières semaines :

Marilyn__derni_res_s_ances

"Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau, mais pour avoir été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Deux personnes qui ne devaient pas se rencontrer et qui ne purent se quitter. Des mots noirs et des souvenirs blancs. Dans la lumière adoucie d'un cabinet de psychanalyste se redit la dernière séance de Marilyn. "

Et que ce livre m'a laissé des sentiments mitigés... En ce qui concerne la forme, je n'ai jamais pu entrer réellement dans la narration, cette apparente polyphonie, ce va-et-vient entre passé et présent. C'est exactement le genre de livre que je peux poser, laisser "reposer" durant quelques jours, reprendre, reposer... autrement dit, une écriture que j'ai trouvée loin d'être passionnante...

En revanche, j'ai trouvé extrêmement intéressant le portrait brossé de Marilyn. D'elle on connaît tout, ou presque. Une photogénie époustouflante, une vie tragique, des amants célèbres et une image de "paumée". Tous ces clichés sont repris par Michel SCHNEIDER, retravaillés, explicités. Et la Marilyn qui apparaît est miraculeuse de vérité, dans toute son ambiguïté. Nul doute que si Marilyn MONROE avait vécu aujourd'hui, elle aurait été une des premières participantes des émissions de télé-réalité, tant ce papillon était attiré par la lumière des sunlights et prête à tout lui sacrifier pour exister, car elle ne croyait exister que dans le regard des autres et ne recherchait que cette reconnaissance. En cela, elle anticipait notre monde d'aujourd'hui, celui où chacun cherche "son quart d'heure de célébrité".

En même temps, ce livre a le mérite de nous renvoyer à nous même, et à notre attitude face aux médias quels qu'ils soient. Notre avidité à regarder vivre ces étoiles, à les voir évoluer sous nos yeux (ici, vous l'aurez compris, je parle des Marilyn et consorts, et non plus de télé-réalité...) fait de nous une certaine forme de vampire, qui veut à tout prix son moment de bonheur en contemplant l'autre, en dépit de sa souffrance. L'ouvrage de Michel SCHNEIDER aura eu le mérité de nous faire méditer... Ainsi cette séquence chez le psychanalyste de Marilyn :

Peu après, lors d'une séance très agitée, les pupilles dilatées, le regard tendu vers l'invisible ou le noir, Marilyn avait dit d'une voix légère, presqu'enjouée, comme on raconte un conte à un enfant :

- Quand j'étais petite, je me prenais pour Alice au pays des merveilles ; je me regardais dans les miroirs en me demandant qui j'étais. C'était vraiment moi ? Qui me regardait en retour ? Peut-être quelqu'un faisait semblant d'être moi ? Je dansais, je faisais des grimaces, juste pour voir si la petite fille au miroir faisait de même. Je suppose que tous les enfants sont emportés par leur imagination. Le miroir est magique, comme le cinéma. Spécialement quand on joue quelqu'un d'autre que soi-même. Je suppose que tous les enfants sont emportés par leur imagination. Le miroir est magique, comme le cinéma. Spécialement quand on joue quelqu'un d'autre que soi-même. Comme quand je portais les vêtements de ma mère, que je me coiffais et me maquillais comme elle : le rouge, les joues, les lèvres, le noir, les yeux. J'avais sûrement l'air d'un clown plus que d'une femme sexy. On riait de moi. Je pleurais. Quand j'allais au cinéma, il fallait m'arracher à mon siège. Je me demandais si c'était réel, tout ça, ou bien des illusions. Ces immenses images là, en haut, sur le grand écran dans la salle sombre, c'était le bonheur, la transe. Mais l'écran restait un miroir. Qui me regardait ? C'était vraiment moi, la petite fille dans le noir, moi, la grande femme dessinée par un faisceau d'argent ? Moi, le reflet ?

Michel SCHNEIDER, Marilyn dernières séances, 2006.

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28 avril 2008

Empanadillas spécial apéros des beaux jours

Qui dit retour des beaux jours dit retour des apéros de fin de journée, ceux qui durent pas, ceux que l'on prend tandis que le soleil n'en finit pas de se coucher et que l'on parle de tout et de rien autour d'un verre.. ou deux... ou plus encore...

Pour le premier apéro de notre saison, j'ai décidé d'adapter une recette qui avait fait ses preuves et dont j'avais déjà parlée : les empanadas. La différence, c'est que, plutôt que de faire des empanadas-portion, aidée de ma fille armée d'un verre devenu emporte-pièce pour l'occasion, j'ai fait des empanadas-bouchées. Voici donc les :

EMPANADILLAS

empanadillas

La recette reste strictement la même...

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24 avril 2008

Souvenir culinaire normand : les coquilles Saint-Jacques...

La Normandie, ce n'est pas seulement des paysages magnifiques.

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C'est aussi des crustacés à gogo, le poisson acheté directement sur le quai et encore frétillant dans la poêle, une originale tartiflette normande goûtée à Rouen (camembert, pommes de terre, pomme verte, calvados et andouille de Vire), et je pourrais continuer encore longtemps comme ça.

La chance a voulu que ce soit encore la saison des coquilles Saint Jacques fraîches. Nous sommes donc rentrés lestés de sept kilos de ces belles choses et, bien sûr, je n'ai pu hésiter à ressortir la fameuse recette de ma mère qui a fait ses preuves :

LES COQUILLES SAINT-JACQUES A LA MANIÈRE DE MA MAMAN

St_Jacques

Pour la recette, c'est ici.

Le noir sur l'image, ce n'est pas du brûlé, mais des truffes...

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22 avril 2008

Le gâteau au chocolat d'une vraie cuisine d'une vraie maison (A. GAVALDA)

L'avantage d'Anna GAVALDA, c'est qu'elle a déjà écrit son chef-d'oeuvre. Comme ça, c'est fait, c'est dit, jamais plus elle ne refera Ensemble, c'est tout et maintenant qu'elle a prouvé qu'elle savait le faire, elle est tranquille, elle peut écrire comme elle veut, ce qu'elle veut, s'offrir le luxe de tourner autour du pot, de casser les pieds à son lecteur en l'ennuyant avec les tourments et désarrois de son personnage, de lui faire des commentaires à la manière des auteurs du XVIIIème ("Retrouvons maintenant notre héros...") et puis, tout à coup, de lui offrir des moments miraculeux, comme c'est le cas à partir de la moitié de son livre, là où "ça commence vraiment", là où ça devient du Gavalda.

La_Consolante

Disons-le tout de suite, le roman commence très exactement à la page 307. Tout le reste, tout ce qui a précédé, n'était que littérature. Une lourde et longue entrée en matière pour préparer au bonheur des pages qui vont suivre. Du Gavalda pur jus : personnages fêlés, lézardés par la vie, plume à la fois acerbe et tendre, portant sur notre société un regard sans concession, et, surtout, un amour de l'humain sans partage. Anna GAVALDA fait du roman social, n'en déplaise à ceux qui ne voient en elle qu'une gentillette post-baba cool ou nouvelle bobo, c'est selon. Son Charles Balanda, ce quadra qui n'en peut plus de sa vie, c'est celui des chansons d'Alain SOUCHON, ce désenchanté qui ne sait plus où se mettre. Le pire, c'est lorsqu'il retrouve son ami d'enfance, qu'il avait quitté ado voulant devenir Chet Baker et sur le point de l'être tant il avait brûlé sa jeune vie par les deux bouts, et qui est devenu le "p'tit caporal de centre commercial" chanté par SOUCHON, "tapioca, potage et salsifis", "rangé à plat dans c'tiroir", dans sa maison "lapeyrisée", son bermuda Quetchua et son tablier "C'est moi le chef". 

Alors bien sûr, on pourra chipoter sur ce livre "inaccompli". Sur ces personnages laissés en plan, comme cette Marion qui traverse l'histoire en étoile filante, pleine de promesses, mais qu'on ne verra plus... Sur cette histoire qui se tortille de tous les côtés jusqu'à s'égarer parfois. Sur ces effets de style (l'absence de sujets...). Mais la magie GAVALDA est là. Dans ce roman bancal comme le sont ses personnages. Et pour vous le prouver que la magie fonctionne, je vous en offre un petit morceau. Voici donc :

LE GÂTEAU AU CHOCOLAT D'UNE VRAIE CUISINE D'UNE VRAIE MAISON

La porte d'entrée était entrouverte. Charles toqua, puis posa sa main bien à plat sur le pan de bois tiède.

Pas de réponse.

Lucas s'était faufilé à l'intérieur. La poignée était plus chaude encore, la retint un moment avant d'oser le suivre.

Le temps que ses pupilles s'habituent au changement de luminosité, ses pailles étaient déjà éblouies.

Combray, le retour.

Cette odeur... Qu'il avait oubliée. Qu'il croyait avoir perdue. Dont il se contrefichait. Qu'il aurait méprisée et qui le faisait fondre de nouveau. Celle du gâteau au chocolat en train de cuire dans la vraie cuisine d'une vraie maison...

N'eut pas l'occasion de saliver très longtemps car déjà, et comme sur le seuil quelques instants plus tôt, ne savait plus où donner de l'étonnement. [...]

Charles était fasciné. Qui a fait ça ? demanda-t-il dans le vide.

Une cuisinière, plus imposante encore, en émail bleu ciel, avec deux gros couvercles bombés sur le dessus et cinq portes en façade. Ronde, douce, tiède, appelant la caresse... Un chien devant, sur une couverture, sorte de vieux loup qui se mit à gémir en les apercevant, tenta de se redresser pour les accueillir, ou les impressionner, mais qui renonça, et s'affaissa en couinant de nouveau.

Une table de ferme (de réfectoire ?), immense, bordée de chaises dépareillées, sur laquelle on venait de dîner et qui n'avait pas été débarrassée. Des couverts en argent, de assiettes bien saucées, des verres à moutarde copyrightés Walt Disney et des ronds  de serviette en ivoire.

Un vaisselier ravissant, stylé, fin, chargé jusqu'à la gueule de terrines, de faïences, de bols, d'assiettes et de tasses ébréchées. Dans le creux d'une souillarde, un évier en pierre, sûrement très malcommode, où s'empilaient des tas de casseroles dans une bassine jaunie. Au plafond, des paniers, un garde-manger au tamis troué, une suspension en porcelaine, une espèce de boîtier presque aussi long que la table, creux, ponctué d'ouvertures et d'encoches où se balançait l'histoire de la cuillère à travers les âges, un rouleau à mouches d'un autre siècle, des mouches de celui-ci, ignorant le sacrifice de leurs aïeules et se frottant déjà les pattes à la perspective de toutes ces bonnes miettes de gâteau...

Anna GAVALDA, La Consolante, 2008.

Pour mémoire, et parce que je n'ai pas trouvé de version video de la chanson, voici un extrait de la chanson de SOUCHON, "le Bagad de Lann Bihoué" :

Tu la voyais pas comme ça ta vie,
Pas d'attaché-case quand t'étais p'tit,
Ton corps enfermé, costume crétin,
T'imaginais pas, j'sais bien.
Moi aussi j'en ai rêvé des rêves. Tant pis.
Tu la voyais grande et c'est une toute petite vie.
Tu la voyais pas comme ça, l'histoire :
Toi, t'étais tempête et rocher noir.
Mais qui t'a cassé ta boule de cristal,
Cassé tes envies, rendu banal ?
T'es moche en moustache, en laides sandales,
T'es cloche en bancal, p'tit caporal de centre commercial.

Tu la voyais pas comme ça frérot
Doucement ta vie t'as mis K.-O.
T'avais huit ans quand tu t'voyais
Et ce rêve-là on l'a tous fait
[...]

Tu la voyais pas comme ça ta vie,
Tapioca, potage et salsifis.
On va tous pareils, moyen, moyen...

La grande aventure, Tintin,
Moi aussi, j'en ai rêvé des cornemuses.
Terminé, maintenant. Dis-moi qu'est-c' qui t'amuse ?

[...]

Alain SOUCHON, 1977.

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21 avril 2008

Normandie mon amie

La Normandie et moi, c'est une histoire qui fut initiée par l'Education nationale. Lorsque jeune professeur, je dus faire des voeux d'affectation pour mon premier poste, trois solutions s'offraient à moi : Paris (ou plus exactement la banlieue parisienne), Lille ou Rouen. En effet, lorsque vous êtes professeur débutant, célibataire et sans enfants, vous remplissiez toutes les conditions en 1993 pour ces trois académies.

Paris ne m'a jamais fait rêvé, sinon le temps d'un week end ; à cette époque, les ch'tis n'avaient pas encore conquis leur public et Lille-Roubaix-Tourcoing ne me disaient rien, c'est donc l'académie de Rouen que j'ai choisie. Et c'est ainsi que fin août 1993 (parce qu'évidemment, l'affectation, on ne l'apprenait que dix jours avant la rentrée, c'était plus commode pour se loger...), j'ai débarqué à Saint Valéry-en-Caux.

St_Valery

J'avais été nommée dans un petit collège, au coeur du pays de Caux, une région que je ne connaissais qu'à travers la littérature, MAUPASSANT mais surtout Maurice LEBLANC. Sans doute quelque lointain sixième sens me disait, à l'époque où je dévorais les aventures d'Arsène Lupin, qu'un jour j'irai sur ses terres. Mais ce sixième sens était loin de me prédire que ce serait un coup de foudre absolu.

Installée à Veulettes-sur-mer,

Veulettes

que le guide vert annonçait comme possédant 199 habitants (et que les autochtones m'ont garanti être le chiffre en haute saison...), j'ai passé une année à photographier la mer de mon balcon du salon. J'ai bien dû en faire plusieurs centaines, tant j'étais fascinée du spectacle de cette mer qui ne ressemble à nulle autre, qui peut dans la seconde passer du gris ardoise

Veules_les_roses_2

à l'opale la plus pure,

Veules_les_roses_1

devenir presque blanche,

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avant de reprendre ses esprits

Veules_les_roses_3

J'ai passé une année de bonheur, à déambuler à travers cette Normandie qui s'inscrivait chaque jour un peu plus dans mon coeur. J'allais lire à Étretat

Etretat_1

pour le plaisir de contempler l'aiguille à mes pieds, fichée entre la Manneporte et la porte d'Aval.

Etretat_2_porte_d_aval

Nous étions, ma meilleure amie et moi, tous les samedis à Rouen,

cath_drale__Rouen

histoire de refaire notre stock de livres et Cds, car je vous parle d'un temps où Internet n'existait pas et où il fallait se déplacer pour obtenir ce qu'on voulait...

Ce qui avait du bon, puisque cela nous permit de découvrir un endroit magique, dans le vieux Rouen, l'aître Saint Macloud,

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un ancien cimetière de pestiférés absolument magnifique, havre de paix et de sérénité...

Bien sûr, on allait aussi à Dieppe,

Dieppe

ou encore à Honfleur, que tous ceux que j'ai emmenés là-bas n'ont pu qu'aimer...

Honfleur

Mais je garde une place dans mon coeur pour Varengeville et son cimetière marin, d'où la vue est la plus somptueuse qui soit

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... et où l'on songe que George BRAQUE a bien de la chance de reposer avec cette vue-là...

cimeti_re_Varengeville

J'ai eu la chance de voyager de par le monde et de connaître d'autres mers, d'autres océans. Je me suis baignée dans le lagon calédonien et dans les eaux des Cyclades, mais ma mer de rêve, mon océan de bonheur, c'est ce petit triangle, comme dit Maurice LEBLANC, situé entre Rouen, Dieppe et Fécamp, plus exactement sur la côte, non loin de Saint Valery, là où la mer ne ressemble à nulle autre et qu'il faut l'avoir vue pour le croire, là où les falaises de craie viennent embrasser l'horizon et où le ciel ne reste jamais en place :

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Et pour les oeuvres de Maurice LEBLANC :

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12 avril 2008

Le mal du pays... (M. LEBLANC)

- [...]Oui, quelque chose me manquait soudain, auprès de quoi rien ne comptait plus de ce que j'aimais et de ce que je désirais...

- Le mal du pays...

- Le mal du pays de Caux. Il n'est pas besoin d'en être pour l'éprouver. Quand la magie de ce plateau et de ces valleuses vous est entrée dans l'âme, c'est fini.

Maurice LEBLANC, "Le Mal du pays de Caux", 1931.

Veulettes

J'y retourne donc...

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11 avril 2008

Crème brûlée pour le plus grand peintre du monde (M. MORPURGO)

Avouons-le tout de suite : je n'ai jamais été une grande fan de Michael MORPURGO. Le Roi de la forêt des brumes, Le Roi Arthur, cela m'a plutôt ennuyé. Alors, me direz-vous, pourquoi être allée lire ce livre inclassable, à la fois histoire d'une vie, d'une vocation et histoire d'histoires ?

Au_pays_de_mes_histoires

Justement à cause de cela. Si je ne comprenais pas, me suis-je dit, c'est que je n'avais pas trouvé les bonnes clefs. Le hasard a voulu que nombre de blogs littéraires se répandent élogieusement sur Au Pays de mes histoires. La couverture étant une véritable invitation, je n'ai pas pu résister. Et le croirez-vous ? Je n'ai pas aimé, j'ai adoré ! Cette alternance entre lui et ses histoires, ce ton unique qui fait qu'on ne sait pas toujours si l'on est dans la littérature ou la réalité, les histoires enfin, à la fois puissantes, touchantes et délicates, ce fut un formidable moment de lecture que je conseille à tout le monde !

L'extrait que j'ai choisi de vous présenter appartient à la première histoire du livre et s'intitule "Rencontre avec Cézanne". Raconté par un jeune garçon, c'est le récit de son été en Provence, chez son oncle où il a été envoyé, lui le petit Parisien parce que sa mère est malade. L'oncle a une fille, Amandine, secret amour du narrateur, et un restaurant. Et un fameux client... Voici donc :

CRÈME BRÛLEE POUR LE PLUS GRAND PEINTRE DU MONDE

Au restaurant, le travail suivait toujours la même routine. Dès que les clients étaient partis, Amandine débarrassait les verres de vin, les bouteilles et les carafes. Moi, je m'occupais des tasses à café et des couverts, elle vidait les cendriers, pendant que je réduisais les nappes de papier en boulettes et les jetais dans le feu. Ensuite, nous mettions de nouveau le couvert aussi vite que possible pour les prochains clients. Je travaillais dur, car je voulais plaire à Amandine et j'attendais un sourire d'elle. Il ne venait jamais. [...]

Chaque jour passait sans que rien ne change, et je devins de plus en plus malheureux, parfois si triste que le soir, je pleurais jusqu'à ce que je m'endorme. Je vivais dans l'attente des lettres de ma mère, ainsi que les matins où, me promenant dans les collines que Cézanne avait peintes, je ramassais les glands des arbres que le vieux berger de Jean Giono avait plantés. Là, loin de l'indifférence d'Amandine, je pouvais être heureux un moment, et abandonner à mes rêves. Je me disais qu'un jour, je pourrais venir vivre dans ces collines, et devenir un artiste comme Cézanne, le plus grand peintre du monde, ou peut-être un merveilleux écrivain comme Jean Giono.

Je pense que l'oncle Bruno se rendit compte de ma tristesse, car il me prit sous son aile. Il m'invitait de plus en plus souvent dans sa cuisine et me laissait l'aider à préparer sa soupe au pistou, ou son poulet au romarin, pommes dauphine et poireaux sauvages. Il m'apprit à faire la mousse au chocolat, la crème brûlée, et avant je m'en aille, il remuait toujours sa moustache pour moi, puis me donnait un abricot confit. Mais je redoutais le restaurant, à présent, je redoutais de me trouver face çà Amandine, et de devoir supporter le silence entre nous. [..]

Ce soir-là, Amandine me dit que je devais bien faire les choses, car leur meilleur client venait dîner avec des amis. Il vivait dans le château du village, me raconta-t-elle, et était très connu. mais lorsque je demandais pourquoi  il était connu, elle ne me répondit pas, comme si c'était sans intérêt.

- Des questions, toujours des questions, me rabroua-t-elle. Va me chercher des bûches.

Quel que fût ce célèbre client, il me parut assez ordinaire, ce n'était qu'un vieil homme au crâne dégarni. Mais il commanda l'une de mes crèmes brûlées, et je fus très honoré qu'un homme connu ait mangé l'un des desserts que j'avais préparé. Dès que ses amis et lui furent partis, nous commençâmes à débarrasser la table. J'enlevai la nappe en papier comme d'habitude, et comme d'habitude j'en fis une boulette que je jetai dans le feu. Soudain Amandine se précipita sur moi.

Michael MORPURGO, "Rencontre avec Cézanne" in Au Pays de mes histoires, 2006.

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09 avril 2008

Brochettes de saumon laqué

Après des années de saumon poêlé, voire grillé, force est de constater qu'il me sort par les yeux. Le simple fait d'imaginer cette chair rosâtre suintant le gras translucide m'écoeure d'avance. Désormais, c'est cru que je le préfère. En sushi, bien sûr, ou encore en tartare.

Quoique... simplement cuit à la vapeur, avec un filet de crème fraîche et un peu d'herbes... ou encore à la manière japonaise, en brochettes laquées... Bon, allez, je plaisantais, le saumon, je l'aime toujours ! Mais autrement. Voici donc les :

BROCHETTES DE SAUMON LAQUE

Pour 6 brochettes, il faut :

  • 3 pavés de saumon

  • 2 cuillères à soupe de miel

  • 4 cuillères à soupe de sauce Kikkoman

Tailler le saumon en lanières, puis en cubes.

Préparer la marinade en faisant tiédir le miel pour le rendre plus liquide et le mêler à la sauce Kikkoman.

Y plonger les cubes de saumon et les laisser une bonne vingtaine de minutes au moins, en les retournant régulièrement.

Piquer les cubes de saumon pour fabriquer de petites brochettes.

Faire chauffer une poêle. Lorsqu'elle est très chaude, y déposer les brochettes et les cuire à feu moyen, en les arrosant régulièrement de marinade et les retournant souvent.

saumon

Remarques :

  • A ranger dans la catégorie "Recettes express" ou encore "Recettes pour les nulles"
  • Servi avec un riz blanc tout simple, c'est encore meilleur !

Posté par Patricia_BS à 16:06 - Poissons - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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